Beaubourg c’est mieux que Mickeyland
En ces indolentes journées de maternité à déambuler à petits pas, à évoluer au jour le jour, heure par heure, contraction par contraction, quoi de mieux que s’arrêter dans les musées ? Et parmi les musées parisiens, lequel peut rivaliser en ouverture et en diversité avec mon Beaubourg chéri-adoré ?
Ici, tout est conçu pour les passagers à motricité réduite tels que moi : une cafétéria (certes hors de prix), une librairie, des toilettes accessibles (pas toujours super clean mais bon), des escalators partout, de la lumière extérieure sur cet espace ouvert et non clos sur lui-même, une vue imprenable sur les toits de Paname-ville, tous ces groupes de gens variés, des tous petits au 3ème âge en passant par une foule adolescente fumeuse et courageuse à l’étage de la bibliothèque ou affalée dans les coins, ordis portables branchés sur les genoux, et enfin une panoplie d’expos, de salles de spectacles (ciné / vidéos) où traîner ses bottines quand comme moi en ce début d’année on s’est offert le petit luxe d’un pass annuel qui permet d’entrer - sortir à l’envi de chacun de ces lieux.
Dans cet ensemble, je ne sais pas ce que je préfère, mais sans doute le caractère ouvert du lieu ; comme si la capitale faisait l’objet de sa propre “exposition permanente” derrière les vitres, avec son superbe parvis jonché de promeneurs et d’artistes de rue, didjeridoos, musique chinoise, bouzouks, marionnettistes et saltimbanques, et ce panorama extrême, de la fontaine Stravinsky aux tours de la Défense. J’aime aussi la convivialité et la diversité des espaces d’accueil qui invitent aux rencontres. Il n’est pas si rare d’ailleurs que j’y ai croisé des amis par hasard entre la cafétéria et la librairie. Récemment, de profonds fauteuils ont même été installés devant l’entrée, face au parvis. Dès qu’on entre, la première chose que l’on voit désormais, ce sont les visiteurs (encore un effet de mise en abîme ?), des japonais piquant du nez dans leur guide de Paris, des mamans et leur petit, des gens qui s’attendent tranquillement, dans une pause de repos bienfaisant. Peut-être que d’ici quelques années des masseuses proposeront aux visiteurs une petite séance de réflexologie plantaire entre 2 expositions ?? A voir…
Bref, quand j’y vais c’est avec la promesse d’un bon moment à passer. Mais hier patatra : porte close. Une petite foule de curieux le nez collé aux vitres essayant de comprendre ce qui se passait à l’intérieur. Encore un happening pittoresque sur la vie parisienne destiné aux touristes ? Non, un avis de grève générale du personnel était placardé sur les vitres. J’avais remarqué souvent quelques visages moroses au sein du personnel à l’entrée, à l’accueil information, mais là visiblement ça se passe mal. Et ça me peine énormément d’imaginer des suppressions de personnel ou des restrictions budgétaires soient imputées à ce lieu si riche et vivant.
J’entendais dire récemment qu’en temps de crise on observait la fréquentation des musées augmenter. Je ne sais pas si c’est vrai de Beaubourg, mais ça ne m’étonnerait pas. Il y a temps de choses à y faire. Plutôt qu’aller chez Disney au bout du RER, je préfère moi ce lieu lumineux, central, ludique, mon terrain de jeu favori. J’y trouve plus d’émotion et d’invitation au plaisir que dans n’importe quel parc d’attraction.
Car comment décrire la jubilation ressentie cette dernière semaine en découvrant que pour ma première semaine de congés maternité, le sous-sol offrait (gratuitement !) une diffusion continue des vidéos de spectacles de danse ?! Pour moi, actuellement privée de mes heures d’exercice de voltige - transpiration hebdomadaires préférées, quelle aubaine ! Le Sacre du Printemps de Pina Bausch, des documentaires sur Pina, Trisha Brown, Merce Cunningham, des performances de Josef Nadj, La Ribot, etc… Pour moi c’était simplement la fête du regard en continu.
Bien sûr je m’en suis aperçue alors que ce festival touche à sa fin, ma joie aura été de courte durée, mais quel plaisir déjà passé dans ces salles ! Hier je devais voir Walzer de Pina. Peut-être aurais-je une seconde chance demain. Mais qu’importe, j’étais déjà en retard… Alors que demain j’y serai, et à l’heure !
Fin des activités